Un secteur clé qui reçoit un soutien concret
Le maraîchage occupe une place importante dans l’économie rurale togolaise. Il permet aux familles de produire et de vendre des légumes toute l’année, y compris en saison sèche, générant ainsi des revenus réguliers et contribuant à l’alimentation des populations. Pourtant, de nombreux producteurs manquent encore d’infrastructures adaptées et de compétences pour gérer efficacement leurs exploitations et les équipements mis à leur disposition.
Pour corriger cela, une session de formation est actuellement en cours jusqu’au 3 avril 2026. Elle réunit des conseillers techniques agricoles venus de plusieurs régions du pays, avec un objectif précis : mieux préparer ces encadreurs à accompagner les communautés rurales dans la gestion des forages et des périmètres maraîchers qui seront bientôt construits ou aménagés sur l’ensemble du territoire.
Ce que le programme prévoit concrètement
L’initiative s’inscrit dans le cadre du Projet d’appui au Mécanisme incitatif de financement agricole fondé sur le partage de risques, plus connu sous le nom de ProMIFA. Ce programme, cofinancé par le gouvernement togolais et le Fonds international de développement agricole, a pour mission de faciliter l’accès au financement pour les acteurs du monde agricole tout en soutenant le développement des filières.
Dans ce cadre, un dispositif ambitieux est prévu : la réalisation de 400 forages et l’aménagement de périmètres maraîchers à travers le pays. Ces infrastructures permettront aux producteurs de disposer d’un accès fiable à l’eau, condition indispensable pour pratiquer l’agriculture de contre-saison et maintenir une production stable même lorsque les pluies se font rares.
Les travaux de formation démarrent simultanément dans les régions Maritime et de la Kara, avant de s’étendre progressivement aux Plateaux, à la Centrale et aux Savanes, couvrant ainsi l’ensemble du territoire national.
Former les encadreurs pour mieux accompagner les producteurs
La particularité de cette démarche réside dans son approche. Plutôt que de se limiter à construire des infrastructures, le programme mise sur la formation humaine comme condition de succès durable. Les conseillers techniques agricoles qui participent à cette session se renforcent en compétences dans le domaine de l’ingénierie sociale, une discipline qui consiste à comprendre les dynamiques humaines et communautaires pour mieux accompagner les populations dans l’appropriation et la gestion de leurs équipements.
Concrètement, ces conseillers auront plusieurs missions sur le terrain. Ils devront d’abord identifier les acteurs locaux présents autour de chaque site maraîcher : producteurs, groupements agricoles, autorités villageoises, femmes, jeunes. Ils devront ensuite analyser les dynamiques socioéconomiques propres à chaque communauté, afin de comprendre comment les décisions se prennent, qui détient le pouvoir d’influence et quels sont les éventuels points de tension à anticiper.
Sur la base de ce travail préparatoire, ils accompagneront la mise en place de comités de gestion locaux, chargés d’assurer le bon fonctionnement et l’entretien des forages et périmètres maraîchers. Ces comités seront également formés pour mettre en place un mécanisme de suivi participatif, permettant à la communauté elle-même de surveiller l’état des infrastructures et de prendre les décisions nécessaires à leur maintien.
Collecter des données pour mieux orienter les prochaines étapes
À l’issue de cette phase de formation et d’accompagnement initial, les conseillers techniques auront pour mission de collecter des données précises auprès des bénéficiaires. Ces informations porteront notamment sur les besoins spécifiques de chaque site, les capacités organisationnelles des communautés et les éventuelles difficultés rencontrées dans la prise en main des équipements.
Ces données ne serviront pas uniquement à produire des rapports administratifs. Elles constitueront une base concrète pour orienter les prochaines étapes du programme, en matière d’organisation des producteurs, de renforcement des capacités et d’adaptation des outils de gestion aux réalités locales. C’est cette logique d’amélioration continue, ancrée dans les remontées du terrain, qui distingue ce programme des interventions plus classiques qui se limitent souvent à la seule réalisation physique des infrastructures.
Des retombées attendues sur l’emploi et la sécurité alimentaire
Les ambitions du programme vont bien au-delà de la simple mise à disposition d’équipements agricoles. En améliorant l’accès à l’eau et en renforçant les capacités des producteurs à gérer leurs exploitations de manière organisée, le dispositif vise des impacts concrets sur plusieurs dimensions du développement rural.
Le premier impact attendu concerne la productivité agricole de contre-saison. Grâce aux forages et aux périmètres aménagés, les producteurs pourront cultiver des légumes pendant la saison sèche, une période durant laquelle l’offre alimentaire locale est habituellement réduite et les prix ont tendance à augmenter. Une production plus régulière et mieux répartie dans l’année contribuera à stabiliser les marchés locaux et à améliorer la disponibilité des aliments frais pour les populations.
Le deuxième impact concerne les revenus en milieu rural. En produisant davantage et de manière plus régulière, les maraîchers pourront vendre plus, à de meilleures conditions, et réduire leur dépendance aux aléas climatiques. Pour de nombreuses familles rurales, cette stabilisation des revenus représente une avancée significative dans leur trajectoire vers une meilleure qualité de vie.
Enfin, la création d’emplois — directs sur les sites maraîchers, mais aussi indirects dans le transport, la transformation et la vente des produits — constitue un bénéfice collectif qui dépasse les seuls producteurs directement impliqués dans le programme.
Une approche qui mise sur la durabilité
Ce qui rend cette initiative particulièrement intéressante, c’est la volonté affichée de ne pas créer une dépendance à l’aide extérieure. En formant des conseillers techniques capables d’accompagner les communautés sur le long terme, en constituant des comités de gestion locaux autonomes et en instaurant des mécanismes de suivi participatif, le programme cherche à ancrer dans les pratiques locales les conditions d’une gestion durable des infrastructures.
L’eau, les sols et les équipements hydroagricoles sont des ressources précieuses. Les préserver, les entretenir et les utiliser de manière rationnelle est une responsabilité collective qui ne peut pas reposer éternellement sur des intervenants extérieurs. C’est cette philosophie d’appropriation communautaire qui guide l’ensemble de la démarche et qui, si elle est bien mise en œuvre, pourrait faire de ce programme un modèle reproductible dans d’autres régions et d’autres secteurs de l’agriculture togolaise.
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