Le savoir-faire togolais en matière de numérique agricole commence à intéresser d’autres pays africains. Une délégation tchadienne du Programme de résilience du système alimentaire (FSRP) a récemment effectué une mission technique à Lomé pour découvrir les solutions développées au Togo dans le domaine de l’agriculture numérique et de la gestion des risques climatiques.
Cette visite avait pour objectif de mieux comprendre l’expérience togolaise, d’identifier les pratiques qui ont fait leurs preuves et d’évaluer celles qui pourraient être adaptées aux réalités du Tchad.
Une immersion au cœur des outils numériques togolais
Durant leur séjour, les experts tchadiens ont porté une attention particulière à plusieurs plateformes utilisées au Togo dans le cadre du FSRP.
Parmi les outils présentés figurent le Système d’information hydro-agrométéorologique (SIHAM), TG-ALERTE+ et e-Agri conseil. Ces solutions ont été conçues pour faciliter la circulation de l’information entre les producteurs, les acteurs des chaînes de valeur agricoles, les services techniques et les responsables chargés de prendre les décisions.
L’objectif est notamment de permettre aux agriculteurs de disposer d’informations utiles au moment opportun. Les données météorologiques et agricoles peuvent ainsi les aider à mieux planifier leurs activités et à anticiper certaines difficultés liées aux conditions climatiques.
Anticiper les risques grâce au numérique
Dans un secteur fortement dépendant des conditions météorologiques, l’accès rapide à l’information peut jouer un rôle important.
Les périodes de fortes pluies, les épisodes de sécheresse ou encore certains phénomènes climatiques peuvent avoir des conséquences importantes sur les cultures. La disponibilité d’informations fiables permet donc aux producteurs de mieux préparer leurs activités et, dans certains cas, de prendre des mesures préventives.
Les outils numériques présentés à la délégation tchadienne participent à cette logique. Ils permettent notamment de diffuser des informations agro-hydro-météorologiques et de mettre à disposition des services de conseil adaptés aux besoins du monde agricole.
Le Tchad veut identifier les bonnes pratiques
La mission ne s’est toutefois pas limitée à la présentation des différentes plateformes.
Les experts tchadiens se sont également intéressés aux conditions nécessaires à leur déploiement et à leur utilisation. Les discussions ont porté sur les difficultés rencontrées, les solutions apportées ainsi que les facteurs ayant favorisé l’appropriation de ces outils par les différents utilisateurs.
Cette démarche doit permettre au Tchad de tirer des enseignements de l’expérience togolaise sans nécessairement reproduire le même modèle.
L’enjeu consiste plutôt à identifier les approches pouvant être adaptées aux réalités du pays, à ses infrastructures, à ses besoins agricoles et aux capacités de ses acteurs.
Plusieurs acteurs mobilisés autour du numérique agricole
La rencontre de Lomé a réuni plusieurs structures togolaises impliquées dans la mise en place et l’utilisation des solutions numériques destinées au secteur agricole.
L’Institut de conseil et d’appui technique, l’Agence nationale de la météorologie du Togo, l’Agence nationale de la protection civile, le Centre international pour le développement des engrais ainsi que la Coordination nationale du FSRP-Togo ont notamment participé aux échanges.
Cette diversité d’acteurs montre que le développement du numérique agricole ne repose pas uniquement sur les technologies. Il nécessite également une collaboration entre les services météorologiques, les structures agricoles, les organismes de protection civile et les acteurs chargés de l’accompagnement des producteurs.
Le conseil agricole se modernise
Au Togo, le numérique prend progressivement une place plus importante dans l’accompagnement des exploitants agricoles.
Les plateformes mises en place permettent notamment de rapprocher les producteurs des services d’information et de conseil. Elles offrent également aux acteurs du secteur des moyens supplémentaires pour suivre l’évolution des conditions climatiques et agricoles.
Cette évolution répond à une nécessité : rendre l’information plus accessible et plus rapidement disponible, notamment dans les zones rurales.
Pour les agriculteurs, l’accès à ces données peut contribuer à améliorer la planification des activités, à réduire certains risques et à prendre des décisions mieux adaptées aux conditions du moment.
Un réseau local pour mieux diffuser les informations
Le développement des outils numériques s’est accompagné au Togo d’initiatives destinées à rapprocher l’information des producteurs.
Des sous-comités ont notamment été installés au sein des comités de gestion des Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP). Leur rôle consiste notamment à servir de relais pour la diffusion des informations agro-hydro-météorologiques auprès des exploitants.
Cette organisation permet de compléter les solutions numériques par un dispositif humain de proximité. Une combinaison importante dans les zones où l’accès aux technologies et à internet peut encore être limité.
Plus de 122 000 bénéficiaires en 2024
Les efforts engagés ont également permis d’élargir la diffusion des informations climatiques.
En 2024, plus de 80 000 bulletins d’informations agro-météorologiques et climatologiques avaient été produits et diffusés. Ces informations ont bénéficié à plus de 122 000 personnes, parmi lesquelles près de 50 000 femmes.
Ces données témoignent de l’importance prise par l’information climatique dans l’accompagnement des producteurs.
Elles montrent également que les outils numériques peuvent servir de relais pour toucher un nombre important d’acteurs, à condition d’être accompagnés par des mécanismes de diffusion adaptés aux réalités du terrain.
Une expérience qui dépasse les frontières
La visite de la délégation tchadienne illustre ainsi l’intérêt croissant porté aux expériences africaines en matière de transformation numérique de l’agriculture.
Pour les pays confrontés aux mêmes défis liés aux changements climatiques, à la sécurité alimentaire et à l’accès à l’information, les expériences développées dans la sous-région peuvent constituer une source d’inspiration.
Le partage d’expériences entre le Togo et le Tchad pourrait donc favoriser l’émergence de solutions adaptées aux besoins des producteurs africains.
Vers une agriculture plus résiliente
À travers cette mission, le Tchad cherche à renforcer ses propres capacités en matière de numérique agricole et d’anticipation des risques climatiques.
De son côté, le Togo met en avant des outils déjà expérimentés pour améliorer l’accès aux informations météorologiques, renforcer le conseil aux producteurs et faciliter la prise de décision.
Cette coopération technique illustre une tendance plus large : l’utilisation des technologies numériques comme levier pour rendre les systèmes agricoles plus résilients.
Dans un contexte marqué par les changements climatiques et la nécessité d’améliorer la production alimentaire, la maîtrise de l’information apparaît désormais comme un élément essentiel de la modernisation de l’agriculture africaine.

