Le secteur de l’anacarde entre dans une nouvelle phase au Togo. Les autorités ont officiellement donné le coup d’envoi de la campagne de commercialisation de la noix de cajou pour l’année 2026, marquant ainsi le début des opérations d’achat, de collecte, de transformation et d’exportation sur l’ensemble du territoire national. Cette ouverture intervient dans un contexte de croissance soutenue de la filière, devenue en quelques années un pilier stratégique de la diversification agricole et économique du pays.
Un lancement placé sous le signe de la régulation
La cérémonie de lancement s’est tenue à Lomé sous la conduite du ministère en charge de l’économie et de la veille stratégique. Pour cette nouvelle campagne, l’accent est mis sur la régulation du secteur et la clarification des rôles de chaque acteur impliqué dans la chaîne de valeur.
Le thème retenu, axé sur la réglementation de la filière anacarde et les responsabilités des parties prenantes, traduit la volonté de renforcer la gouvernance du secteur, d’améliorer la transparence des transactions et de garantir un meilleur équilibre entre producteurs, acheteurs et transformateurs.
Un prix d’achat revu à la baisse
Pour la campagne 2026, le prix plancher de la noix de cajou brute a été fixé à 350 FCFA le kilogramme. Ce tarif représente une baisse de 75 FCFA par rapport à la campagne précédente, où le kilogramme était commercialisé à 425 FCFA.
Cette révision à la baisse s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’évolution des prix sur le marché international, les coûts de production, ainsi que les réalités économiques propres à la filière. Les autorités assurent toutefois que ce prix permet aux producteurs de couvrir leurs charges et de maintenir une activité rentable.
Préserver les intérêts des producteurs
Selon les responsables de la filière, la fixation du prix n’est pas le fruit du hasard. Des études techniques ont été menées en amont, prenant en compte le rendement moyen d’un hectare de cajou, les coûts d’entretien des plantations et les charges liées à la récolte.
Le président du Conseil interprofessionnel de la filière anacarde au Togo (CIFAT), Mawuko Komlan Gozan, a tenu à rassurer les producteurs. Il a indiqué que les paramètres économiques analysés démontrent que, malgré la baisse du prix, les exploitants ne subiront pas de pertes, à condition de respecter les bonnes pratiques agricoles et de qualité.
Soutenir la transformation locale
L’un des axes majeurs de la campagne 2026 reste la promotion de la transformation locale. Dans cette optique, le prix de livraison de la noix brute aux unités de transformation a été fixé à 400 FCFA le kilogramme, toutes taxes comprises.
Un volume plafond de 8 125 tonnes a été arrêté pour l’ensemble des entreprises de transformation installées sur le territoire national. Cette mesure vise à sécuriser l’approvisionnement des unités locales, tout en favorisant la création de valeur ajoutée à l’intérieur du pays.
Une filière appelée à créer plus de richesse
Les autorités économiques encouragent les transformateurs à accroître leurs capacités d’achat et de traitement des noix. L’objectif est double : réduire la dépendance à l’exportation de matières premières brutes et générer davantage d’emplois dans les zones rurales et semi-urbaines.
Le ministre de l’économie et de la veille stratégique, Badanam Patoki, a insisté sur l’importance d’améliorer la qualité des noix brutes afin de renforcer la compétitivité du cajou togolais sur les marchés internationaux. Il a également appelé les unités de transformation à jouer pleinement leur rôle dans la chaîne de valeur.
Qualité et compétitivité au cœur des priorités
L’amélioration de la qualité constitue un enjeu central pour la filière anacarde. Une noix bien séchée, correctement triée et stockée dans de bonnes conditions permet non seulement d’obtenir de meilleurs prix à l’exportation, mais aussi de renforcer la réputation du cajou togolais auprès des acheteurs internationaux.
Des dispositions spécifiques ont été annoncées pour accompagner les acteurs dans cette démarche, notamment à travers des actions de sensibilisation, de contrôle et d’encadrement technique tout au long de la campagne.
Une production nationale en forte progression
La dynamique de la filière se reflète dans les chiffres de production. En l’espace de quelques années, la production nationale de noix de cajou a quasiment doublé. Elle est passée de 22 937 tonnes en 2019 à environ 45 000 tonnes en 2025, soit une hausse de plus de 96 %.
Cette progression est le résultat des investissements réalisés dans les plantations, de l’élargissement des superficies cultivées et de l’amélioration progressive des pratiques agricoles.
Un levier majeur de diversification agricole
La noix de cajou s’impose aujourd’hui comme l’une des cultures de rente les plus prometteuses du pays. Elle contribue à la diversification de l’agriculture, traditionnellement dominée par quelques filières, et offre de nouvelles opportunités de revenus aux producteurs, notamment dans les régions septentrionales.
Au-delà de l’aspect économique, la filière participe également à la structuration du monde rural, à la lutte contre la pauvreté et à la stabilisation des revenus agricoles.
Vers une meilleure organisation du marché
La campagne 2026 s’inscrit dans une logique de consolidation des acquis et de renforcement de l’organisation du marché. Les autorités ambitionnent de limiter les pratiques spéculatives, d’encadrer les circuits de commercialisation et d’assurer un meilleur suivi des flux de produits.
La collaboration entre l’État, les organisations professionnelles et les opérateurs privés est appelée à jouer un rôle clé dans la réussite de cette campagne.
Une vision à long terme pour l’anacarde togolais
À travers cette nouvelle campagne, le Togo confirme sa volonté de faire de la filière anacarde un moteur durable de croissance économique. L’accent mis sur la transformation locale, la qualité et la régulation du marché traduit une approche orientée vers le long terme.
Si les défis restent nombreux, notamment en matière de financement, d’infrastructures et de formation, les perspectives demeurent encourageantes. La campagne 2026 apparaît ainsi comme une étape déterminante vers une filière plus compétitive, mieux structurée et créatrice de valeur pour l’ensemble des acteurs.

