Lors de la 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, ouverte le 23 février à Genève, le Togolais Abdoul Aziz Goma a livré un témoignage poignant sur ses années d’emprisonnement au Togo. Devant diplomates, représentants d’ONG et d’États, l’activiste, qui détient également la nationalité irlandaise, est revenu sur son arrestation en 2018 et sur des conditions de détention qu’il qualifie d’« inhumaines ».
Un engagement citoyen sanctionné
Dans son intervention, Abdoul Aziz Goma a affirmé avoir été ciblé non pour des faits précis, mais en raison de son engagement en faveur des droits humains. Arrêté à Lomé après avoir hébergé de jeunes manifestants, il soutient ne pas avoir pris part aux protestations, mais avoir simplement répondu à une demande d’assistance.
Selon son témoignage, il aurait été maintenu au secret durant plusieurs années avant d’être transféré, en 2022, dans le circuit pénitentiaire officiel. Il évoque des mauvais traitements ainsi qu’un accès insuffisant aux soins médicaux, ayant gravement affecté sa santé.
Des organisations de défense des droits humains avaient déjà alerté sur sa situation. L’OMCT avait notamment signalé des conditions de détention alarmantes à la prison civile de Lomé, fonctionnant à plus de quatre fois sa capacité officielle, avec un accès aux soins quasi inexistant.
Une procédure judiciaire expéditive
Jugé en février 2025 à l’issue d’une procédure qu’il estime expéditive, Abdoul Aziz Goma a été condamné à dix ans de prison pour, entre autres, atteinte à la sûreté de l’État. Son procès s’est déroulé en une seule journée, aboutissant à une condamnation que les organisations de défense des droits humains considèrent comme une violation des garanties d’un procès équitable.
Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait déjà déterminé en 2023 que son emprisonnement constituait une violation du droit international, faute de base légale pour son arrestation.
Une libération sous pression internationale
Abdoul Aziz Goma a été libéré en janvier 2026, après huit années de détention. Mais devant le Conseil des droits de l’homme, il a affirmé que cette libération n’était pas le fruit d’une décision indépendante de la justice togolaise, mais plutôt le résultat de fortes pressions diplomatiques et médiatiques internationales.
Plusieurs personnalités et organisations se sont mobilisées en sa faveur, dont Mary Lawlor, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, qui avait urgemment appelé à sa libération en décembre 2025, invoquant son état de santé gravement détérioré.
Le Parlement européen avait également adopté une résolution en septembre 2025 appelant les autorités togolaises à faciliter son traitement médical urgent et à le libérer « immédiatement et sans condition ».
Une vigilance maintenue sur la situation au Togo
Profitant de cette tribune internationale, l’ancien détenu a appelé la communauté internationale à maintenir la vigilance sur la situation des défenseurs des droits humains au Togo. Il affirme que d’autres activistes seraient toujours incarcérés et exhorte les partenaires du pays à poursuivre leurs efforts pour obtenir leur libération, estimant que le système répressif qu’il dénonce demeure en place.
La FIDH et d’autres organisations de défense des droits humains ont confirmé que plusieurs défenseurs et activistes libérés ces derniers mois restent sous le coup de poursuites pénales, entretenant un climat d’insécurité juridique et d’autocensure.
Un cas emblématique de la criminalisation de l’engagement pacifique
Le parcours d’Abdoul Aziz Goma illustre, selon les organisations de défense des droits humains, une tendance plus large à la criminalisation de l’engagement citoyen au Togo. Son arrestation pour avoir simplement hébergé de jeunes manifestants pacifiques, suivie de sept années de détention provisoire avant un procès expéditif, constitue un signal inquiétant pour tous ceux qui osent soutenir des revendications démocratiques.
Les organisations signataires d’une déclaration commune en février 2026 ont appelé les autorités togolaises à abandonner sans délai toutes les charges visant les défenseurs des droits humains libérés et à ouvrir des enquêtes indépendantes sur les allégations de torture et de mauvais traitements.
Sources : Cet article s’appuie sur le témoignage public d’Abdoul Aziz Goma devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, les communications de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), les conclusions du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (2023), les déclarations de Mary Lawlor, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, ainsi que la résolution du Parlement européen de septembre 2025. Les informations reproduites le sont sous la responsabilité éditoriale de la rédaction.

