Ramadan 2026 : au Togo, les excès alimentaires inquiètent les professionnels de santé

Omega
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Ramadan 2026

En ce mois sacré, les spécialistes togolais observent une recrudescence des consultations liées aux déséquilibres alimentaires. Entre ferveur spirituelle et dérives nutritionnelles, le Ramadan révèle ses paradoxes sanitaires.

Un mois de privation… qui pousse parfois aux excès

Le jeûne du Ramadan rythme le quotidien des fidèles musulmans depuis plusieurs jours. Privation diurne, maîtrise de soi, recentrage spirituel. Mais aussi, pour beaucoup, bouleversements alimentaires dont les effets commencent à se faire sentir dans les structures sanitaires.

Car le paradoxe est là : ce mois d’abstinence diurne s’accompagne souvent, le soir venu, de repas particulièrement copieux. L’Iftar, censé rompre le jeûne avec mesure et gratitude, se transforme fréquemment en banquet où s’accumulent sucreries traditionnelles, beignets gras et plats lourds.

Un contraste brutal pour des organismes restés plusieurs heures sans apports.

Des consultations en hausse dans les formations sanitaires

Dans les centres de santé de Lomé comme à l’intérieur du pays, le personnel soignant observe depuis quelques jours une augmentation des motifs de consultation liés à cette période.

Troubles digestifs, pics d’hypertension, décompensations de diabète, fatigue excessive… Les pathologies liées aux excès alimentaires ou à une mauvaise gestion du jeûne se multiplient.

« Le corps subit un stress important quand on alterne privation prolongée et repas trop riches », explique un médecin exerçant dans un quartier populaire de la capitale. « Les patients arrivent souvent avec des douleurs abdominales, des brûlures d’estomac, ou des malaises liés à des chutes de tension. »

Les personnes souffrant de maladies chroniques sont particulièrement exposées. Diabétiques, hypertendus, cardiaques doivent redoubler de vigilance, d’autant que certains choisissent de jeûner malgré les contre-indications médicales.

Aliments traditionnels et dérives modernes

Le Ramadan a ses classiques culinaires. Au Togo comme ailleurs, les tables de l’Iftar se parent de préparations spécifiques : bouillies sucrées, beignets, jus concentrés, plats en sauce généreusement huilés.

Une tradition qui, couplée à l’évolution des modes de consommation, peut tourner à l’excès. Sédentarité accrue pendant la journée, repas nocturnes copieux, grignotages entre la rupture et le repas de l’aube… Le cocktail est parfois explosif.

« Les aliments très sucrés ou très gras procurent une sensation de satiété rapide, mais ils fatiguent l’organisme et perturbent la digestion », rappelle un nutritionniste. « À terme, ils favorisent la prise de poids et aggravent les pathologies existantes. »

Les conseils de bon sens pour traverser le mois

Les professionnels de santé rappellent quelques règles simples pour vivre le Ramadan sans dommage :

Rompre le jeûne en douceur : commencer par des dattes et de l’eau ou du lait, laisser le temps à l’estomac de se réveiller avant d’attaquer le repas principal.

Boire suffisamment : répartir la consommation d’eau entre l’Iftar et le coucher pour compenser les heures sans hydratation.

Privilégier les aliments complets et les légumes : ils apportent des nutriments essentiels et une satiété durable sans excès calorique.

Limiter les fritures et les sucreries : sans les supprimer totalement, car le Ramadan a aussi une dimension festive, mais en les consommant avec modération.

Ne pas sauter le repas de l’aube : il permet de tenir la journée avec plus d’énergie et évite les fringales.

Écouter son corps : fatigue excessive, maux de tête persistants, palpitations sont des signaux d’alerte à ne pas négliger.

Une opportunité de rééquilibrage alimentaire

Paradoxalement, les spécialistes voient aussi dans le Ramadan une occasion d’apprendre à mieux manger. Le jeûne, bien pratiqué, peut aider à réguler l’appétit et à prendre conscience de ses habitudes.

« Ce mois peut être une porte d’entrée vers une alimentation plus consciente », estime un professionnel de santé. « En apprenant à écouter son corps, à ne pas manger par automatisme, on peut en sortir avec de meilleurs réflexes. »

Une approche qui conjuguerait alors spiritualité et santé durable. À condition de ne pas transformer chaque rupture en excès.

La vigilance reste de mise

Alors que le mois sacré se poursuit, l’attention sanitaire demeure nécessaire. Les célébrations de la fin du Ramadan, avec leurs repas de fête, constitueront un autre moment à risques pour les personnes fragiles.

Les autorités sanitaires comptent sur la responsabilité de chacun pour que cette période de recueillement ne se termine pas aux urgences hospitalières. Un message simple mais essentiel : la spiritualité gagne à s’accompagner de sagesse nutritionnelle.

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