Le Togo franchit une étape décisive dans sa quête d’autonomie alimentaire. En rejoignant le programme multinational REWARD-AfricaRice, le pays s’associe à treize autres nations de l’Afrique de l’Ouest pour relever un défi majeur : restructurer durablement la production de riz. Lancée officiellement à Bouaké, en Côte d’Ivoire, cette initiative bénéficie du soutien technique et financier de partenaires de premier plan, notamment la Banque africaine de développement, le Centre africain du riz et la CEDEAO.
Une stratégie financière et technique sur le long terme
Ce vaste plan d’action dispose d’une enveloppe globale de 8,5 millions de dollars, programmée sur une période de cinq ans. L’objectif central ne se limite pas à une simple augmentation de la production ; il s’agit de consolider l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la sélection des semences jusqu’à la mise sur le marché. Cette approche multinationale vise à créer une synergie régionale capable de stabiliser les marchés locaux et de réduire la vulnérabilité des pays de la zone face aux fluctuations des cours mondiaux.
Diagnostiquer les freins à la productivité régionale
L’intégration du Togo dans ce dispositif répond à une urgence structurelle constatée à l’échelle régionale. Actuellement, la productivité ouest-africaine stagne avec des rendements compris entre 2,2 et 2,5 tonnes par hectare, tandis que les pertes enregistrées après les récoltes atteignent le chiffre préoccupant de 42 %. Face à une production locale qui ne couvre que 60 % de la demande, la région reste lourdement tributaire des marchés extérieurs. Cette situation est exacerbée par une démographie galopante, une urbanisation rapide et les pressions exercées par le dérèglement climatique sur les cycles agricoles.
L’innovation au service de la performance agricole
Pour inverser cette tendance, le programme REWARD déploie un arsenal de solutions techniques. Le projet repose sur l’introduction de variétés de riz améliorées et plus résilientes, tout en modernisant les systèmes semenciers nationaux. Un accent particulier est mis sur le transfert de technologies de transformation performantes afin de minimiser les pertes. Par ailleurs, des feuilles de route spécifiques seront établies pour chaque pays, accompagnées de sessions de formation intensive pour les acteurs du secteur. L’ambition finale est de multiplier les rendements pour atteindre environ 7 tonnes par hectare à moyen terme.
Impact socio-économique et création d’emplois
Les retombées attendues de cette initiative présentent une dimension sociale significative. Les projections indiquent que le revenu annuel moyen par producteur pourrait passer de 1 385 dollars à plus de 1 600 dollars. Sur le plan de l’emploi, le programme ambitionne de générer 78 000 nouveaux postes de travail, dont la moitié sera spécifiquement réservée aux femmes, actrices centrales de la transformation agricole. À l’échelle de la CEDEAO, les échanges commerciaux intra-régionaux pourraient progresser jusqu’à 250 000 tonnes de riz, renforçant ainsi l’intégration économique des marchés locaux.
Le cas spécifique de l’économie togolaise
Au Togo, l’enjeu est de taille. En 2023, les importations de riz ont coûté plus de 43 milliards de FCFA à l’économie nationale, illustrant un déséquilibre marqué puisque ces achats extérieurs couvrent plus de la moitié de la consommation du pays. Bien que le Togo dispose d’un potentiel agroécologique favorable, la production (établie à 153 000 tonnes en 2020) reste limitée par un manque d’aménagements hydro-agricoles et un accès restreint aux engrais et semences de qualité. En intégrant le programme REWARD, le secteur agricole togolais cherche à moderniser ses cultures pluviales et de bas-fonds pour transformer ce potentiel en une véritable sécurité alimentaire durable.

